jeudi 7 janvier 2010

Retour sur le topo bareback

Et ben voilà, j'ai regardé le topo. C'était pas si pire que ça.

Commençons par l'aspect complètement subjectif et égocentrique de mon retour. J'avais l'air un peu pogné sur ma chaise je trouve. Ma voix sortait ben. Je l'aime ben ma voix. Le gars avec qui j'ai eu du super bon sexe s'est reconnu, hehehe.

Ils ont omis de parler de la P.P.E. (Prophylaxie Post Exposition) et c'aurait été très pertinent dans le débat que ça suscite, mais le sujet s'est soulevé de lui-même dans les réactions. Parlons-en de ces réactions.

On accuse le reportage d'avoir pris un angle sensationnaliste et de vouloir effrayer les gens. Je ne suis pas d'accord. Les témoignages sont balancés. Oui y'a du monde freak, pis sont dangereux quand y pognent la maladie. C'est une minorité, mais une minorité qui s'est organisée et qu'il ne faut pas ignorer. Une fois qu'on a dit ça, le reportage est loin de se concentrer là-dessus. On parle longuement de situations très humaines et auxquels plusieurs hétéros se sont identifiés si je me fie aux messages que j'ai reçu sur Internet. J'ai particulièrement apprécié le commentaire suivant : "...la plupart des gens qui regardent cette émission sont prêts à voir ça. En plus, moi je pense que minimalement, le phénomène existe aussi chez les hétéros. Les sentiments qui pousse à ça sont humains et n'importe qui peu de près ou de loin s'y reconnaître, à part les aveuglés."

Ce qui m'a le plus fait hésiter à passer l'entrevue c'est le problème de l'intervention face au barebacking. Faut savoir que certaines études nous expliquent que le phénomène sous-culture bareback s'est développé en étroite relation avec la stigmatisation des séropositifs. D'un côté on veut pas parler d'un sujet qui pourrait encourager un comportement par sa condamnation par le public. D'un autre côté si un débat n'éclate pas on tombe dans le déni. On dit que le débat a déjà eu lieu, mais peut-être qu'une nouvelle génération devrait le tenir à nouveau. Peut-être que les termes de ce débat ont changé depuis la dernière fois. Peut-être à Montréal ne sommes-nous pas encore passé à l'ère "post-bareback" si ce n'est que parmis la gang d'experts sur la question qui préfère en débattre entre eux. Faire comme si ça n'existait pas pour le public n'aide pas les seronégatifs qui vont faire un tour au sauna pour la première fois. Ce qui m'a décidé est complètement absurde : des rêves, des intuitions, un sentiment de redevance très fort par rapport à l'univers. Pourtant je sens que j'ai fait le bon choix. Le débat doit avoir lieu. C'est un bon troll.

Un autre truc qui m'a fait hésiter c'est l'image des gays qui allait en découler. J'avais peur d'encourager un stéréotype négatif. Ce qu'ils ont pris de mon témoignage n'a pas été trituré et le message que je voulais passer était clair : faut parler avec son partenaire et c'est pas criminel de baiser sans condom. Ça arrive et faut apprendre à gérer ça. Y'a du monde qui ont l'instinct de vouloir toujours se protéger, mais ça fait pas d'eux des bons et de ceux qui se protègent pas des méchants. Le reportage n'abonde pas dans ce sens, même s'il parle des gens qui souhaitent indirectement la propagation du virus.

Y'a un forum où on recommande d'aller se faire barebacker à Montréal dans un certain sauna pour attraper le VIH. De ce même sauna j'ai entendu un commentaire cynique : "Tsé quand tu vas là pis que t'es négatif, tout le monde l'est aussi, mais quand t'es rendu poz, c'est drôle, tout le monde l'est aussi..." Ouais c'est des oui-dire, on a aucune preuve, mais crime, j'ai pas envie d'étouffer ça, au contraire! Surtout après avoir eu les peurs que j'ai eues et que j'aurais pu m'éviter juste en ayant une discussion avec mon partenaire sur son statut serologique.

Sur ce, comme c'est écrit sur la couverture du Hitch Hiker's Guide to the Galaxy : "don't panic". Faut pas capoter avec ça, faut juste en parler.

1 commentaire:

  1. Très bon commentaire Mike! Ça fait pas mal le tour de la situation. Il reste que certaine personne pourrait penser que vu que tu prends ça avec du recul et sans paniquer, ça pourrait laisser sous-entendre que tu banalises la situation.

    Pour ma part, disons que je comprends très bien que tu prends ça très au sérieux. Je pense même que ta présence à cette émission le confirme de lui-même.

    Alexandre

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